Posts tagged ‘prière juive’

18 août 2011

Sommes-nous à côté de nos pompes?

« Tu es une bénédiction, Eternel, qui satisfais à tous mes besoins »

Cette bénédiction est récitée tous les matins.
Comment peut-on affirmer une telle chose? Nos besoins sont-ils totalement satisfaits?
Cette bénédiction est récitée au moment où nous mettons nos chaussures (babli braHot 60b).
Comment les chaussures représenteraient-elles la satisfaction absolue?
Enfin, une question commune à toutes les bénédictions du matin: quelle est la place de Dieu dans nos vies? Est-ce vraiment lui/elle qui satisfait à nos besoins, qui habille ceux qui sont nus, etc…?

Pour Aboudraham, les chaussures sont la conditions nécessaire pour pouvoir se rendre à son travail et acquérir ce dont nous avons besoin pour vivre.

Cette approche nous donne plusieurs réponses:
1 – Notre bonheur est parfait, non pas quand « tous nos besoins » sont satisfaits, mais quand nous avons entre nos mains les moyens de les satisfaire.
2 – C’est nous-mêmes et non l’Éternel, qui oeuvrons à atteindre nos buts et à réaliser nos rêves. (Il/Elle n’aurait pas besoin de chaussures 😉 )
3 – Ainsi, ce sont nos chaussures, nos outils, qui sont notre première richesse, il est normal de réciter cette bénédiction au moment de nous chausser.

Une autre question se pose à nous: Aujourd’hui, dans notre société, et pour nous personnellement, quel est l’objet/L’outil matériel, ou immatériel, qui remplace la chaussure? Le vélo, pour dépasser les embouteillage? La formation permanente, pour acquérir toujours mieux les moyens de progresser dans nos métiers? Le soutien de nos proches? Le rattachement à une communauté à construire dans les bons moments et sur laquelle s’appuyer dans les moments difficiles?

Une question universelle, à laquelle chacun apportera sa réponse personnelle, et que notre tradition nous invite à nous poser à nouveau tous les matins… Lorsque nous mettons nos chaussures.

Alors… Bonne route…

Texte de la bénédiction:
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱלֹהֵֽינוּ מֶֽלֶךְ הָעוֹלָם, שֶׁעָֽשָׂה לִי כָּל צָרְכִּי.
BarouH ata adonaï élohénou méleH haolam chéassa li kol tsorki
Sois remercié, Eternel, qui satisfais à tous mes besoins.

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17 août 2011

Judaïsme du foyer ou judaïsme de synagogue? Les bénédictions du matin

Le judaïsme est-il confiné à la synagogue ou accompagne-t-il notre vie quotidienne?
Pour le Talmud et pour Maïmonide (12iem s.), les bénédictions matinales se font au fil des actes du réveil et leur ordre est variable, selon Amram Gaon et son sidour (9iem s.) ces bénédictions se disent selon un ordre fixé. Les sépharades ont l’habitude de suivre l’opinion de Maïmonide, les ashkénazes se rallient quant à eux aux autorités qui prônent la récitation fixe. A qui donner raison? A Maïmonide ou au Talmud ? Aux sefardim ou aux achkenazim ? Faut-il choisir la spontanéité ou la rigueur? L’individuel ou le collectif? Le flexible ou le systématique?

D’après de Talmud, suivi par Maïmonide, les bénédictions du matin accompagnent les actes de notre lever: ouvrir les yeux, s’étirer, faire quelques pas, s’habiller, lacer ses chaussures, tous ces actes sont l’occasion de prononcer des bénédictions, des paroles de bien, de broder de sens l’étoffe de notre quotidien.
Le quotidien est le premier lieu du sens. Nous ne pouvons que donner raison à cette approche. Le spontané, l’individuel, le flexible, jouent dans nos vies une place fondamentale.

Cependant, selon d’autres autorités, ces bénédictions sont dites dans un certain ordre, et appartiennent à la prière collective. Pourquoi? Une fois prédéfinie, la pratique peut se célébrer en commun, donner un sentiment de partage, une beauté particulière. L’habitude tresse un cocon doux dans lequel il est bon de se replonger, comme on aime retrouver nos amis ou les lieux de notre enfance. La constance, le collectif, la fiabilité sont essentiels dans nos vies.
Il faut souligner le fait que l’expérience « occasionnelle », qu’elle soit quotidienne ou hebdomadaire (ou annuelle) de la célébration collective alimente et renforce le sens du quotidien, de chaque minute, du matin au soir, en passant par l’après-midi ערב ובוקר וצהריים. Ainsi, la constance, le collectif, la permanence, jouent un grand rôle stabilisateur pour soutenir notre spontanéité et notre esprit d’aventure et d’entreprise.

La réponse à ce pseudo dilemme ne vous surprendra pas : les deux approches ont raison, et le mieux est de les marier. Premièrement, on peut chercher, dans ce qu’on aime appeler « le rituel du réveil », ce qui se prête à la bénédiction et prononcer les bénédictions adéquates. De façon générale on alimente ainsi notre désir de rester proche du sens de nos vies au fil de notre quotidien. Deuxièmement, à un rythme choisi, on peut venir se ressourcer dans des expériences collectives, qui encouragent et rafraichissent les couleurs de nos pratiques quotidiennes.

23 juillet 2011

écouter vraiment

Un des deux textes fondamentaux de la « prière » juive est le chéma israël: écoute, Israel, l’Eternel est notre Dieu, l’Eternel est un.
A qui cette phrase s’adresse-t-elle? Lorsque nous la prononçons, quel en est le destinataire?
Cette phrase est dite à voix haute. En même temps que nous la prononçons, nous l’écoutons. Qui est le premier à avoir énoncé cette phrase? Qui, aujourd’hui, nous l’adresse?
Savons-nous aussi bien la prononcer, la donner, que l’écouter et la recevoir?

21 juillet 2011

Mesurer les temps

L’office du soir dit de l’Éternel qu’il « échange les temps ».
Nos vies passent à une vitesse incroyable.
Les bénédictions concernant les 5 sens et la nourriture nous font prendre connaissance du passage des heures.
Les trois prières quotidiennes nous font prendre conscience du passage des temps de la journée, matin, après-midi et soir.
Le « chir chel yom », le psaume relatif au jour de la semaine nous fait prendre conscience du passage des jours et de notre position dans la semaine. Il fait le lien entre tous les « dimanches » de nos vies, et entre tous les « lundis » de nos vies, etc…
Le chabbat nous allerte du passage des semaines.
Roch Hodech de celui des mois.
Les bénedictions liées au cycle féminin et à l’immersion au mikvé nous accompagnent dans les changements de nos corps.
Les fêtes nous guident dans la traversée des saisons, et nous rappellent les périodes similaires des années précédentes.
Roch Hachana et Yom Kipour comptent pour nous le passage des années.
Les rites de passage, la circoncision, la bar/ bat Mitsva, le mariage, les temps liés à la maladie, à la convalescence, au deuil de nos proches, nous font prendre conscience du passage de nos vies et de celle de ceux qui nous accompagnent dans ce chemin.
Tous nos rythmes sont accompagnés par des « prières », des textes profond qui leur donnent un nom et un sens, pour que nous restions proches du sens de nos vies.

17 juillet 2011

Vivants aujourd’hui

Le Gabaï Richon lors de la lecture de la Torah dit: « Il aidera et il protégera tous ceux qui se rattachent à lui et dites « amen », Tous, portez grandeur à notre Dieu et donnez votre respect à la torah. Que monte un/unetel/telle fis/fille de Untel et unetelle en tant que premier, béni est celui qui donne la torah à son peuple israël dans sa sainteté ». L’assemblée répond: « et vous, qui vous attachez à l’Éternel votre Dieu, vous êtes tous vivants auhjourd’hui. »
Que signifient ces mots: « vous êtes tous vivants aujourd’hui »? Quelle relation entre « être vivant » et « s’attacher à l’Eternel notre Dieu »? On voit qu’ici, être vivant n’est pas une notion physiologique. Nous sentons-nous vivants? Sommes-nous vivants à nous-mêmes? à nos proches? à un projet qui vaut la peine d’être construit?
L’expression « qui fait vivre les morts » revient souvent dans les textes de « prière » juive. L’idée de résurrection des mort est assez compliquée pour nous, obscure, douteuse. Celle de renaissance des vivants est par contre très proche de nous. Lorsqu’on dit « Tu es bénis toi qui fait revivre les morts », nous pouvons penser à ces fois où nous nous sentions perdus, où nous étions éloignés du sens de nos vies. Dans ces situations, comment retrouver le chemin de la vie?
Nous ne pouvons pas définir/décrire « Dieu ». Mais on peut décider que ce qui nous permet de renaître à nous-mêmes est de l’ordre du divin. C’est ce que fait cette belle « prière » en nous affirmant que ceux qui étudient la Torah, qui s’attache à l’étude du sens de la vie, sont vivant aujourd’hui. Elle nous rappelle également que nous sommes vivants, qu’il est temps d’en prendre/ reprendre conscience, et de donner à cette vérité éphémère toute sa puissance. Bonne journée à tous.